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New York cent ans - Annie Leary : Une Comtesse au Cœur d’Or
 

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Le récit suivant est basé sur les différents documents venant des Archives de la Congrégation; documents historiques appartenant à la Comtesse Annie Leary; articles de journaux, cartes et photos de la Ville de New York en l’année 1908; informations variées trouvées sur le web; et le livre volumineux Présentation Historique de la Société de Marie Réparatrice (1818-1953), par Henri de Gensac S.J.  L’imagination de l’auteur remplira les trous.

« Vous ne croirez pas ceci!  J’ai trouvé l’Ordre parfait de sœurs pour être l’ancre de toutes les œuvres en lien avec la Ligue d’Art de Saint Pie X! ».  Mlle Margaret Dewey Brady était si excitée qu’elle pouvait à peine se contenir.  Elle était assise sur le bord d’une chaise en face d’Annie Leary, son amie depuis plusieurs années.  Elles étaient dans le salon spacieux du numéro 3 de la Cinquième Avenue, dont la fenêtre en baie avait une vue sur le Washington Square, leurs réflexions jouant des trucs parmi les quatre grands miroirs aux cadres dorés qui étaient suspendus aux murs.

« Dis-moi, dis-moi.  Je veux tellement que cette mission réussisse, » dit Annie, en se penchant profondément vers son amie.

« Comme tu le sais, continuait Margaret, j’ai visité Florence pendant mon séjour Européen.  Par chance, ou dirais-je par la divine providence, pas loin de la Santissima Annunziata, j’ai vu un couvent.  Je suis entrée dans une très belle chapelle qui aurait fait venir des larmes de joie à tes yeux.  Le Saint Sacrement était exposé; des chandelles, des fleurs et des lumières entouraient l’autel et l’ostensoir.  Au pied de l’autel étaient deux sœurs, agenouillées sur des prie-Dieu, le dos droit, et leur regard sur l’Eucharistie.  J’y suis restée très longtemps; il était même difficile de penser à quitter cette oasis pour aller dans les rues bruyantes.  Deux autres sœurs sont venues silencieusement; elles semblaient de marcher sur l’air.  Elles portaient des habits blancs, des voiles et des scapulaires bleus, des capes et un long voile qui était drapé sur leurs visages couvrait leurs têtes et tombait jusqu’à terre.  J’ai vu que les sœurs se remplaçaient à toutes les demi-heures.  Les deux qui avaient été à genoux se levaient et toutes les quatre se prosternaient à deux genoux en même temps.  C’était comme une danse sacrée.  Les deux nouvelles prenaient leurs places au pied de l’autel et les deux autres partaient par une porte de côté.  Je te dis, Annie, c’était très beau! »

« As-tu trouvé quelque chose concernant cet Ordre? »

« Bien sûrement!  Après mon temps à la chapelle, je suis allée au couvent même et j’ai demandé de parler à la supérieure.  Tu ne devinerais pas son nom, Mère Marie des Prodiges!  Naturellement elle ne parlait pas l’Anglais, mais mon Français est assez bon, alors nous avons pu avoir une bonne conversation. »

« Et puis… »

« J’ai appris que la congrégation, la Société de Marie Réparatrice, a été fondée en France en 1857 par une fille de Comte comme toi.  Elles ont déjà 45 couvents, dont deux au Mexique.  Émilie d’Oultremont d’Hooghvorst, la fondatrice, était fille de Comte de naissance, non pas une nommée par le Pape comme toi. »

« A-t-elle montré de l’intérêt pour venir aux États-Unis d’Amérique? »

« Effectivement!  Elle m’a dit que la Supérieure Générale et plusieurs autres sœurs voulaient une fondation à New York.  Actuellement elles sont en pourparlers avec l’Évêque de la Havane depuis qu’elles ont été invitées à Cuba par les Jésuites.  New York serait leur pied-à-terre logique.  La Havane, New York et le Mexique font un triangle parfait!  Les sœurs connaissent la force de l’Église Catholique aux États-Unis; les conditions des immigrants et, bien sûr, la générosité du peuple. »

« Mon amie, tu sais que j’aime beaucoup Jésus au Saint Sacrement, mais la mission de la Rue Charlton est pour le bien-être des femmes et enfants italiens.  Que font les sœurs autre que prier? » 

« Les sœurs sont demi-cloîtrées, alors toutes leurs œuvres ont lieu à l’intérieur de leurs édifices.  Le couvent que j’ai visité a été ouvert il y a quatre ans en novembre 1901; néanmoins, elles ont déjà organisé des programmes de catéchèse pour les enfants et les adultes; des classes pour des jeunes filles servantes et des jeunes ouvrières; des retraites pour des femmes et des classes pour les personnes qui veulent se convertir à l’Église Catholique.  Elles ont aussi plusieurs groupes dévoués à l’adoration du Saint Sacrement.  Pour gagner leur vie, elles font des vêtements d’église, purificatoires, corporaux, pales et linge d’autel.  Elles donnent aussi gratuitement quelques uns de ceux-ci aux églises pauvres et aux missionnaires. »

« Sont-elles italiennes? »

« Quelques unes le sont.  Parmi elles il y a aussi des françaises, des espagnoles, des britanniques, et des irlandaises, et quelques belges comme la fondatrice. »

Annie est restée bien tranquille un peu de temps, ses yeux fixés sur la lumière qui jouait sur le miroir de gauche.  « Ma chère amie, » dit-elle, « tout ceci me rend très heureuse.  Je vois beaucoup de mes propres intérêts reflétés dans cette spiritualité telle que tu la décris : le souci des pauvres, l’amour pour l’Eucharistie, l’élan vers les femmes et les enfants.  Justement cela pourrait marcher, cela pourrait marcher! »

Vous pourriez maintenant vous demander qui était Annie Leary et pourquoi elle était intéressée à faire venir les Réparatrices aux États-Unis de l’Amérique?

Annie Leary est née en 1832, la deuxième des six enfants de James et Catherine Leary.  La famille Leary était originaire de l’Irlande, mais s’était établie à New York depuis au moins deux générations.  Au moment de la naissance d’Annie, son père était un homme d’affaire réussi qui avaient envoyé ses deux filles et ses quatre fils aux meilleures écoles privées.  James Leary était un associé de John Jacob Astor, un des hommes les plus riches de l’Amérique.  Il est remarquable de voir que Leary et Astor ont amassé une fortune en achetant et en vendant des peaux de castors qui servaient à faire les grands chapeaux portés par les gentilshommes de l’Europe et de l’Amérique.  La demande pour les peaux de castors était telle que la population des castors en Amérique du Nord est presque disparue.  De plus, James Leary avait une usine de chapeaux dans laquelle il employait des immigrants irlandais pauvres; là s’est développé un processus qui a révolutionné l’industrie en rendant plus accessible l’achat des chapeaux, en utilisant des peaux moins dispendieuses. Quand le marché européen a commencé à favoriser la soie dans la manufacture des chapeaux, il a été le premier à l’introduire au marché américain.  Son magasin était le plus à la mode dans le Chatham Square de New York et plus tard dans Hannover Square.  Il était connu comme l’arbitre du mode des chapeaux.  À sa mort il a laissé sa fortune entière à sa fille non mariée Annie et pas un sous à aucun de ses cinq autres enfants.
 Une recherche dans les pages du New York Times mentionne Annie dans toutes les listes des fêtes à la mode et dans tout comité charitable.  Elle aimait recevoir dans sa maison somptueuse de la ville et durant l’été à Paul Cottage, Newport, Rhode Island, qu’elle partageait avec son frère Arthur.  Annie aimait la musique et allait régulièrement à l’opéra.  Ses soirées musicales présentaient la meilleure musique de chambre, telle que Enrico Caruso.

Sa maison était meublée somptueusement avec des tapis de Perse, des chandeliers de cristal, des vases antiques japonais, et des miroirs énormes avec encadrement doré; il y en avait 68.  Le New York Times du 20 août 1905 décrit ses vêtements formels : « Mlle Leary est une personne bien en vue avec ses robes en satin blanc taillées haut, des manches au coude, drapées de dentelle rare, et portant un petit chapeau orné de plumes blanches d’Autriche et de ruban de satin blanc. »

Quand son frère Arthur, un célibataire, décrit comme étant « Beau Brummell »,  un des hommes le mieux connu des affaires et de la société, est mort en 1893, il lui a laissé une grande fortune.  Sa richesse a été estimée à entre cinq et vingt millions de dollars.

Mentionnée maintes fois dans les pages de la société pour organiser des fêtes luxueuses, Annie est citée encore plus souvent pour sa générosité envers l’Église Catholique, et pour ses efforts pour venir en aide aux malheurs des pauvres et des malades.  Elle a fait donation d’autels à des églises pauvres, tant dans les États-Unis qu’ailleurs.  Après la mort de son frère Arthur, elle a bâti une chapelle en son nom sur les terrains de l’Hôpital Bellevue à New York, le plus vieux et le plus pauvre de la ville.  Elle a créé la Mission Arthur Leary pour le soin des patients destitués, afin de leur assurer l’accès aux sacrements, et de les pourvoir de livres, d’articles de toilette, de café et de cigarettes.  Elle a été la vice-présidente de Stony Wold, un sanatorium très beau pour les patients destitués souffrant de tuberculose dans les Montagnes d’Adirondack, et vice-présidente aussi de l’Association des Fleurs, depuis qu’elle était tout spécialement intéressée dans l’établissement de petits jardins pour enfants dans les quartiers pauvres de New York.  Annie a donné une somme considérable d’argent pour pourvoir à l’établissement de la communauté des Pères du Saint Sacrement à New York en 1900.  Peu après leur arrivée de Montréal, l’Archevêque Corrigan leur a confié l’église de Saint Jean Baptiste qui servait aux Catholiques de langue française.  Ils y continuent leur ministère aujourd’hui encore.  Pour toutes ses bonnes œuvres le Pape Léon XIII lui a conféré le titre de Comtesse le 11 octobre 1901; le Pape Pie X lui a ré-conféré le titre.

La terre natale d’Annie, les États-Unis d’Amérique, « la terre de possibilités », a été un aimant pour les pauvres du monde.  Dans les années entre le milieu du 19e siècle et le premier quart du 20e siècle, la ville de New York a été transformée par l’affluence des immigrants : Catholiques des villages Irlandais fuyant la famine des pommes de terre; italiens des villages avec très peu d’éducation, qui fuyaient un pays surpeuplé, désastres naturels, et salaire très bas; Russes fuyant les pogroms contre la communauté juive; et allemands craignant les troubles politiques constants de leur pays.  Dès 1925 New York était la ville la plus populeuse du monde avec 6,000,000 habitants.  Chaque vague d’immigrants forçait l’infrastructure de la ville et l’habitation adéquate pour les pauvres était pratiquement non-existante.  Olmsted et Vaux, les planificateurs de Central Park, ont conçu l’idée d’un parc démocratique, « un parc pour tous » s’étendant sur 843 acres (4.1 km. x 830 m.) au centre de la ville.  Le Parc est devenu une réalité en 1857, fournissant un espace vert dans lequel on pouvait se reposer et se récréer, et qui était accessible à tout le monde dans cette ville surpeuplée.  Le métro de New York qui a été ouvert en 1904  a fait le lien dans la ville offrant un transport rapide et à prix réduit.

La situation des immigrants italiens à la fin du 19e siècle était particulièrement sinistre.  En 1850 il y avait 833 italiens dans la ville; en 1900 ils étaient près d’un quart de million.  Soixante-quinze pour cent des immigrants étaient des hommes venant en Amérique dans l’espoir de gagner assez d’argent avec seulement quelques années de travail dur afin de retourner à leurs familles en Italie.  La plupart se sont installés dans la basse ville de Manhattan, vivant dans des loyers très tassés, qui avaient peu de lumière, une ventilation inadéquate, et souvent manquaient de plomberie intérieure.  La tuberculose, le typhus et le choléra décimaient régulièrement la population. La citation suivante de Jacob Riis, un journaliste d’investigation et qui a commencé une campagne pour faire connaître et pour changer les situations abusives que les immigrants devaient endurer, se trouve dans son livre, « Comment l’autre moitié vit », écrit en 1889 :

Dans une chambre qui ne mesure pas treize pieds de chaque côté dorment douze hommes et femmes, deux ou trois dans des lits-placards qui se trouvent dans une alcôve, les autres sur le plancher.  Une lampe de kérosène  brûle bien bas dans l’atmosphère qui fait peur, probablement pour guider d’autres arrivées tardives vers leurs lits, car il était seulement un peu passé minuit.  Le cri plaintif d’un bébé venait d’une salle voisine, où, dans la demi-obscurité, on pouvait deviner trois formes étendues.  L’appartement était un des trois dans deux édifices adjoints que nous avions trouvés, dans une demi-heure, tout aussi tassés.  La plupart des hommes étaient des locataires qui y dormaient dans un endroit étroit pour cinq sous.

La plupart des hommes travaillaient dans la construction lourde, creusant des tunnels, bâtissant des ponts et posant les lignes de gaz de la ville.  Des femmes et des enfants italiens fabriquaient des pièces à la maison ou ramassaient des chiffons et cherchaient parmi les déchets des os, des cannettes, ou n’importe quel morceau d’étoffe, qu’elles pouvaient laver et vendre.  Malheureusement, souvent les « padrones » ajoutaient à leur misère en réclamant une partie du peu qu’elles gagnaient.

Annie, pleinement au courant de la vie horrible que les Italiens enduraient à New York, a pris sur elle comme son projet le plus cher, l’éducation des enfants immigrants italiens et la protection de leurs mères.  Au début des années 1800, elle a fondé une mission desservie par des prêtres italiens où des classes de couture et de catéchèse pour les enfants étaient offertes.  À mesure que les participants augmentaient, elle a acheté un édifice au coin des rues Bleecker et Downing, qui plus tard est devenu l’église paroissiale de la Madonne de Pompeii.  En 1905, elle a obtenue la première des trois maisons adjointes sur la rue Charlton pour commencer la Ligue d’Art de Pie X, un rêve pour lequel elle avait de grands plans.

Depuis son enfance Annie Leary a eu une « dévotion » envers Christophe Colomb qu’elle admirait non seulement pour son rôle dans la « découverte » de l’Amérique, mais pour avoir apporter la foi Catholique au Nouveau Monde.  En partie, cette admiration de Colomb était typique des temps.  Une vision qui conduisait, par exemple, à l’établissement des Chevaliers de Colomb fondés aux États-Unis en 1882, l’organisation Catholique de bienfaisance la plus grande au monde.
 
La suite de l’histoire sera partagée périodiquement pendant l’année. 

Concepción González Cánovas, smr.
Traduit par Sœur Edna Dolan, smr.


Annie Leary Annie Leary Annie Leary Annie Leary

Shopping on Mulberry
Street late 19th century

Doing piecework
at home

New York slum late
19th to early 20th century

Ragpicker holding her baby,
New York late 19th century

       
Annie Leary Annie Leary Annie Leary

5th Avenue mansions, Leary’s house is the
last one on the right

The wealthy
take a ride

Birds-eye-view of
lower Manhattan