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WEB SMR
Réflexion sur le document « Le service de l’autorité et l’obéissance »
 
J’ai bien apprécié ce document. Je pense qu’il est bien documenté. Il est « holistique » en ce sens qu’il prend en compte à la fois les aspects humains et les aspects spirituels de la question. Il mérite d’être mis en pratique, avec sincérité et sérieux, au niveau personnel, communautaire et de congrégation, et tout particulièrement dans les processus de formation initiale et de formation continue. Il clarifie les problèmes qui existent dans beaucoup de communautés religieuses quand autorité et obéissance sont vécues de manière conflictuelle.

De mon point de vue - avec mes origines africaines, et en ayant un peu l’expérience de l’autorité - je trouve ce document bien conçu et très aidant pour tous les religieux, spécialement dans les situations où les rôles ne sont pas bien compris. Il permet de trouver une réponse face aux déséquilibres que nous rencontrons dans notre manière de vivre le vœu d’obéissance.

Je veux mentionner tout d’abord certaines mentalités et certaines pratiques où autorité et obéissance sont en conflit :

I. La tendance, assez courante, à dire « oui » à tout ce qui vient de la bouche des personnes qui exercent l’autorité... un « oui » qui a pour intention de faire plaisir à la personne qui exerce l’autorité ou vice versa.

Vous pouvez imaginer le résultat quand cela arrive dans les maisons de formation. Quel genre de religieux cela peut-il produire ?

II. Dans certaines coutumes, une personne obéissante est celle qui n’aura jamais une parole différente de celle du supérieur ou de la supérieure. Les supérieurs donnent des ordres et les sujets obéissent ! Pas de discussion ! Les supérieurs sont infaillibles ! Celui (celle) qui pense ou agit autrement est considéré(e) comme désobéissant(e), et apparaît parfois comme un(e) rival(e). Certains religieux ont expérimenté ce mode de fonctionnement avec des évêques ou avec des prêtres en paroisse.

III. L’esprit communautaire est une valeur partagée par beaucoup de cultures africaines, mais quelquefois l’accent y est trop mis sur la communauté. On ne prend pas en compte la contribution individuelle. Cela vient de la croyance qu’il nous faut perpétuer des coutumes et des pratiques qui nous sont propres. Cela bloque l’initiative personnelle et enferme la communauté sur elle-même. Cela paralyse notre enthousiasme pour l’évangélisation car nous ne sommes pas ouverts aux besoins nouveaux, aux idées nouvelles, aux nouvelles manières de faire.

IV. Dans une société qui fait grand cas des anciens, les jeunes n’ont pas souvent l’occasion de pouvoir exercer leur membership. Ce principe, « au grand âge la sagesse », mine la contribution que pourraient apporter les jeunes religieux et ceux qui ont moins d’expérience. On ne leur donne pas la possibilité d’exercer leur créativité. C’est souvent le cas dans les communautés où des jeunes professes vivent avec des sœurs des derniers vœux. La conséquence en est, soit un complexe de supériorité/infériorité soit la capitulation des jeunes devant les aînées. Et c’est encore pire si les personnes qui exercent l’autorité ont, elles aussi, cette mentalité.

En regard de ce qui vient d’être dit, et de beaucoup d’autres pratiques malsaines dans notre manière de vivre le d’obéissance, quels sont les challenges que nous propose le document sur lequel nous réfléchissons ?

1. En réfléchissant sur le document, je suis davantage convaincue que l’élément déterminant de notre engagement est la vénération pour la volonté de Dieu et sa recherche continuelle. Je veux dire par là mettre la volonté de Dieu à la première place, avant nos projets personnels, et garder les yeux fixés sur le Christ qui est notre Maître et notre modèle. Avec le Christ et en lui, nous obéissons à Dieu à travers des personnes qui sont envoyées par lui. Notre paix, notre liberté et notre joie viennent de là.

2. En lien avec cela, deux éléments très importants : la Parole de Dieu et les divers exercices spirituels qui nous aident à nous garder attentifs à l’invitation quotidienne de Dieu. Dieu nous parle à travers l’expérience que nous avons de lui au quotidien. Si nous ne sommes pas attentifs à la voix de Dieu en nous, quelque bons que puissent être nos leaders, il n’y aura aucun progrès dans la réalisation du plan de Dieu pour nous. Si ces éléments manquent dans nos vies, il y a en permanence de la confusion et des conflits.

C’est pourquoi il faut entrer dans un processus de discernement, guidés et fortifiés par l’Esprit Saint qui nous parle à travers notre conscience éclairée. Il est important de distinguer l’Esprit Saint de la voix qui émerge de notre subjectivisme. Le discernement devrait conduire à une prise de décision et à une mise en pratique de cette décision. Si l’on prend le temps de faire une vraie consultation, d’impliquer les personnes, individuellement et ensemble, la mise en pratique de la décision se fera avec davantage de bonne volonté. Même si ce n’est pas facile, c’est possible.

Toutefois il est important de noter que, quelque soit la décision prise, elle n’est pas le dernier mot de l’histoire. On peut toujours repenser une décision.

3. Aidées par leur compétence et leur capacité à écouter l’Esprit, les personnes qui exercent l’autorité sont appelées à chercher humblement la volonté de Dieu et à veiller à ce qu’elle soit accomplie avec sincérité et vérité. Les leaders qui ne cherchent pas avoir les informations nécessaires, qui ne discernent pas, ne dialoguent pas et ne cherchent pas à prendre conseil, ceux qui ne font pas un travail eux-mêmes etc., sont un vrai désastre pour les communautés. La première obligation pour un leader est d’obéir à Dieu qui lui parle à travers les membres de la communauté, le contexte, la Règle, les signes des temps, etc. Sinon les leaders risquent de se mettre à la place de Dieu. C’est là un grand défi pour certaines communautés qui ont des traditions et des pratiques qui mettent le supérieur ou la supérieure dans une très haute « position » ! Là où ceux qui sont « Supérieurs », surveillent tout et ont toutes les réponses (même lorsqu’ils ne savent pas quelle est la question !!!). Aujourd’hui nous commençons à prendre de plus en plus conscience que les supérieurs sont les serviteurs des serviteurs de Dieu, non des « maîtres » que l’on doit servir.

Parce que nous avons tous l’Esprit, il est toujours bon de dialoguer. Cependant le dialogue n’est pas éternel. Il faut y mettre un terme. Après avoir fait et dit tout ce qui est en notre pouvoir, nous laissons le dernier mot au supérieur ou à la supérieure qui peut alors décider en connaissance de cause. Puis on accepte la décision en esprit de foi.

4. Aujourd’hui, on ne peut négliger la question des droits de l’homme. Notre tâche fondamentale est de devenir ce que nous sommes : c’est un appel à la liberté et au bonheur. L’autorité et l’obéissance qui nient la liberté humaine ou réduisent la personne à un état d’inertie passive ou encore qui étouffent l’esprit d’initiative, ne sont pas chrétiennes. Le document tient à dire la valeur de la personne individuelle et situe sa réponse quotidienne dans une relation avec les autres.

5. La communauté joue un rôle important dans la recherche de la volonté de Dieu et dans le désir de l’accomplir. C’est notre but commun, ce qui nous unit. Cela vient de la conviction que nous sommes, tous et toutes, appelés et animés par le même Esprit. C’est cela qui peut, par conséquent, contribuer à faire avancer la mission de l’Eglise. Si nous nous aimons les uns les autres, nous nous écouterons et nous nous obéirons mutuellement. Il est cependant nécessaire de maintenir un équilibre entre l’individu et la communauté pour éviter le collectivisme et une uniformité excessive.

6. Il est aussi important de noter que l’obéissance est une tâche à accomplir. Elle conduit à l’action et à la mission. Toutes nos énergies sont pour la mission et cette mission, c’est le Christ lui-même. Le centre d’intérêt de la communauté, ce n’est pas le supérieur ou la supérieure, ni leurs efforts pour se maintenir à cette place ou pour faire passer leurs idées ; le centre de la communauté, c’est le Christ qui est notre mission.

Conclusion :

Comme à Abraham, Dieu nous demande notre Isaac, c'est-à-dire ce qui est pour nous le plus précieux : notre volonté, notre liberté, notre vie. Il n’attend pas une obéissance servile mais une obéissance fraternelle et confiante.

Le service de l’autorité et l’obéissance atteignent leur perfection quand ils sont vécus dans un même esprit. Si l’autorité et l’obéissance sont bien comprises et estimées, on ne trouve pas trace d’égoïsme, de lutte pour le pouvoir, d’esprit de domination ou de victimisation, etc.

Je voudrais voir les personnes qui exercent l’autorité témoigner les premiers de cette recherche de la volonté de Dieu. Ce n’est que si les personnes qui exercent l’autorité, vivent dans l’obéissance au Christ et observent avec sincérité les orientations de l’Eglise et de la Règle de vie de leur congrégation, que les membres des communautés pourront comprendre le sens de l’obéissance.

Je crois que si les points qu’aborde ce document, sont bien saisis dès la formation initiale et dans le cadre de la formation continue, l’autorité et l’obéissance religieuses seront vécues dans une grande liberté et une grande joie par toutes les personnes consacrées.


Présenté par
S. Immaculate Nakato
28 mai 08